Jeudi 3 février 2011
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19:00
Un reportage brouillon mais néanmoins stupéfiant de José, en direct des soldes.
Le bon peuple,
abreuvé d'images mensongères et d'informations falsifiées, déversées dans son crâne ramolli comme des tombereaux de fumier devant la préfecture les jours de grandes jacqueries, croyait dur comme
fer, et ce, depuis des lustres, que le commerce de substances illicites était l'apanage d'une frange rebelle de la population survivant en marge des grandes villes. Désormais, il n'y a plus guère
que Eric Zemmour, Mémé et quelques arriérés reclus en zones pavillonnaires pour croire encore à de telles inepties. La crise financière mondiale -dont je me bats vigoureusement l'arrière-train-
n'empêchant pas la période des soldes de se dérouler en bonne et due forme, les moyens d'acquérir les étoffes, souliers, parfums et joailleries maintes fois convoités, ont dû de par le fait se
diversifier. Car si ne plus gagner sa vie honnêtement est envisageable, rater les soldes ne l'est certes pas.
Aujourd'hui, c'est bien en marge, mais celle des grands magasins au cœur de nos villes, que s'effectuent les transactions consistant à échanger contre argent
comptant les produits qui font voyager le cerveau vers des mondes colorés, où la pensée est libérée, l'amour règne en maître, et vice versa.
Au risque de ma vie, et dans l'unique but de te délivrer comme toujours une information de premier ordre, j'ai suivi de près l'une de ces transactions. Tandis que
je déambulais à la recherche de la mère la pipe ultime, celle qui saurait te faire frémir plus que de raison, je surprenais une scène prompte à me pétrifier les intimités. Moi qui fut éduqué dans
la crainte du Très Haut et le respect immodéré des Saintes Ecritures, je ne devais ma survie mentale qu'à une grande maîtrise de moi-même, telle que me l'enseigna mon maître à penser Kwai Chang
Caine, qui tenait lui-même son enseignement de Maître Po. Mais si lors de mon apprentissage au temple Shaolin de l'église de Créteil (Val de Marne), je ne fus nullement contraint d'attraper le
petit caillou dans la main du vieux con, ni de soulever la moindre marmite bouillante à la force des poignets pour y marquer à vie les dragons que l'on sait, signifiant ainsi le terme de mon
initiation de petit scarabée du catéchisme, c'est néanmoins à la force des poignets, surtout du droit, que je sortais de cette période plus fort mentalement, prêt à affronter les situations les
plus délicates et les éjaculations les plus précoces.
Ainsi donc, quelques années plus tard, oui bon d'accord, de nombreuses années plus tard, après avoir relevé haut la main moult défis, comme ceux qu'aime à nous
proposer la vie cette putain magnifique, je surprenais la scène de cette stupéfiante transaction. Et afin que nous n'ayons pas, toi et moi, à nous battre à la gitane et donc au couteau derrière
la MJC, de Créteil également, pour que tu veuilles bien croire à mes allégations, je prenais quelques clichés pour le moins explicites.
Hormis un néo-nazi trempé dans l'huile bouillante, écorché vif, puis accroché à une esse de boucher en place publique, quoi de plus réjouissant que la vision de
deux honnêtes mères de familles, déambulant d'un pas léger vers l'échoppe du plaisir, en quête du petit plus qui saura égailler l'automne d'une vie de rentière bien remplie? A cet instant, nul ne
peut soupçonner que Belzébuth s'est d'ores et déjà immiscé dans cette scène d'une apparente et consternante banalité. Et pourtant, se prépare devant nous la plus terrible des infamies.
Les deux délinquantes affichant une sérénité à faire passer le Dalaï Lama pour un psychopathe épileptique atteint du syndrome de la Tourette, le contact s'établit
sans éveiller le moindre soupçon chez le milicien infiltré (ici à l'arrière-plan) chargé de surveiller les agissements interlopes au sein de la population.
La vendeuse, malgré le port d'une garde-robe d'inspiration bourgeoise tendance rive droite, est un tantinet trahie par la doudoune caractéristique des
professionnels de la vente de stupéfiants en milieu suburbain. Restant sur ses gardes, la main gauche toujours prête à défourailler la méchante lame qui saura, au cas où, la sortir d'un mauvais
pas, la marchande d'illusions mentales tient tout de même à préciser à son interlocutrice toxicomane que la période des soldes ne concerne pas cet échange commercial en particulier. Quoi qu'il en
soit, le marché est rapidement conclu pour la satisfaction des deux parties en présence.
Nonobstant les précautions élémentaires à respecter en pareille situation, il convient de rester extrêmement prudente. Le milicien infiltré a disparu mais la
cliente tient tout de même à faire le guet pendant que la vendeuse prépare la marchandise. C'est le moment le plus délicat de l'opération, car des plus explicites pour qui s'attarderait à
observer un tant soit peu le curieux et vilain manège. Inquiétude et impatience se conjuguent pour créer un climat pour le moins tendu. La transaction doit prendre fin au plus vite pour ne pas
éveiller l'attention de citoyens soucieux d'une certaine éthique au quotidien. D'ailleurs, la milice anti-stupéfiants apparaît soudain au coin du boulevard. Mais il est trop tard pour procéder à
l'interpellation et nos deux rombières aguerries se sont déjà mêlées à la foule des badauds venus profiter comme tout un chacun des nombreuses opportunités de saison.
Mais la chance sera-t-elle éternellement au rendez-vous? Qui vivra verra, et si l'argent d'une mère la pipe avertie ne fait pas le moine, son habit n'a pas d'odeur,
et nul cochon qui s'en dédit n'est prophète en son pays. (Merci de rayer la mention inutile)
(photos: José)